lundi 14 juin 2010

Les femmes du braconnier


Voici un livre que j'ai littéralement dévoré ! Magnifique.
C'est l'histoire d'amour de Sylvia Plath, poète américaine, et de Ted Hughes, poète anglais. Tous deux se rencontrent à Cambridge et très vite se marient. Alors que leur vie semble être au comble de la perfection, le couple éclate. En effet, ils viennent d'acheter une maison à la campagne, Court Green, dans le Devon, sont parents d'une petite Frieda et un garçon est à naître. Le couple est menacé d'une part par les antécédents psychologiques de Sylvia, qui a subi un traitement aux électrochocs à la suite d'une tentative de suicide (à l'âge de vingt ans) et d'autre p art par la rencontre d'un couple. Ce couple -les Wewill - ont acheté leur ancien appartement et sont invités à visiter la maison de campagne. Ted se disait insensible au charme de la belle Assia et pourtant c'est leur liaison qui fait exploser le couple Hughes, moins d'un an après l'achat de Court Green et juste après la naissance de Nicholas. Assia de son côté reste avec son mari qui fut auparavant son amant. Il pense donc pouvoir supporter cette relation. Par contre, Sylvia, elle, ne peut pas et met fin à ses jours le 11 février 1963. Elle met la tête dans le four après avoir précautionneusement scotché la porte de la cuisine, afin que ses enfants se sentent pas le gaz. La vie de Ted et Assia bascule car ils seront désormais hantés par la mort de cette femme vive, éclatante et pourtant si fragile. Le schéma semble se répéter pour ce nouveau couple: Assia tombe enceinte (bien qu'elle soit toujours mariée, Ted reconnaît l'enfant), la famille s'installe un temps en Irlande... Mais les ennuis recommencent quand la mère de Ted tombe malade. Assia et Shura, sa fille, retournent vivre seules à Londres. Le 23 mars 1969, Assia et sa fille sont retrouvées mortes, asphyxiées par le gaz.

Il est rare que je raconte toute l'histoire d'un livre. Mais ici, c'était tellement poignant. La fin du livre n'est qu'une suite de morts. C'est un destin tragique qui s'est mêlé à la vie de Ted Hughes, pourtant si robuste. Son fils Nicholas s'est d'ailleurs suicidé en mars 2009, perpétuant la tragédie. Frieda est la seule survivante de cette famille d'artiste au coeur fragile.

J'ai été vraiment frappée par ce livre qui permet d'entrer au coeur de la vie de ces poètes. Au début, c'est gai, c'est l'amour, le succès. On voit bien que Sylvia est tourmentée, mais on l'oublie presque. Dès lors qu'elle se suicide, le livre bascule dans une autre ambiance: grave. Ce livre est tellement dense, il y aurait tant à dire ! Car Claude Pujade-Renaud parle aussi du conflit intérieur de ces deux femmes hantées par l'Holocauste: Assia mi-juive, mi-allemande (à l'époque, difficile d'être les deux), Sylvia, bouleversée par la mort précoce de son père, cet Allemand, celui qu'elle traite de nazi (il ne l'était pas néanmoins !).

A part ça, Claude Pujade-Renaud est venue à la librairie dans laquelle j'ai fait mon stage. C'était vraiment une coïncidence car je voulais lire ce livre depuis sa sortie. C'était très intéressant et j'ai pu après discuter avec elle (avec M. Aymeric qui s'est lancé dans un grand débat littéraire avec elle). Ce qui est surprenant, c'est que Claude Pujade-Renaud est une vieille femme mais son écriture est si vive ! On a du mal à imaginer qu'une femme de plus de 70 ans parle avec autant de force de la brutalité sexuelle de Ted, du sexe en général, souvent évoqué.

Pour conclure, je dirais juste que c'est un très bon livre, très marquant, très fort. Et la couverture est absolument magnifique n'est-ce pas ?

" Autour des mots et des animaux "...

Laurane.